Le lecteur en déduira donc que le rôle de l'artiste reste exclusivement celui d'un traducteur, comme le démontre si bien Marcel Proust, lorsqu'il analyse comme nul autre le processus de la création artistique, ce qui revient à dire et à affirmer sans contestation possible que ce qui importe pour lui (l'artiste) ne consiste pas en quoi dire, mais comment le dire.
C'est d'ailleurs là le seul et unique moyen dont il dispose pour tenter de dégager inlassablement du plus profond de lui même sa propre personnalité, de la développer au maximum jusqu'à son dernier souffle afin d'échapper à sa condition première et originelle, c'est à dire en une abstraction.
En tout cas, vouloir inclure, rapporter, ramener le monde visible (figures, objets, fruits, fleurs, paysages, etc...) en usant du seul subterfuge possible et capable d'en donner une équivalence sur une surface plane à deux dimensions consiste tout simplement en une abstraction.
Car, puisqu'il est possible d'organiser une surface avec des éléments d'un univers visible et identifiable, pourquoi ne le ferait-on pas avec des éléments qui ne le sont pas ? L'essentiel consistant avant tout à manifester sa propre personnalité puisque, même lorsqu'il s'agit de Peinture Figurative, on ne dit pas : des pommes de Cézanne, un nu de Renoir, mai un Cézanne, un Renoir.
Dit autrement, il est donc possible à un artiste de se réaliser sur une surface en l'absence de tout "message", de toute anecdote et à tout littérature (malgré la présence de titres), sans pour autant, bien au contraire, qu'il y perde son identité.
Roland BIERGE